Il y a une scène que beaucoup de parents connaissent. Vous récupérez votre enfant en fin de journée. Il a passé huit heures chez son assistante maternelle ou en crèche, tout s’est très bien passé, on vous le dit avec le sourire. Vous franchissez la porte de la maison et, quinze minutes plus tard, une crise éclate pour une chaussette mal mise.
La conclusion que la plupart des parents en tirent est mauvaise. Non, la professionnelle n’est pas plus patiente que vous. Non, votre enfant ne vous manque pas de respect. Ce qui se joue relève de mécanismes précis, dont certains s’apprennent et d’autres tiennent simplement à la position que vous occupez.
La première raison n’est pas une compétence, c’est une place
Commençons par celle-ci, parce qu’elle est la plus injuste et la moins connue.
Un enfant se retient toute la journée. Il s’adapte à un cadre, à des règles, à d’autres enfants. Cet effort de contrôle lui coûte énormément, parce que la partie du cerveau qui permet de réguler ses émotions est encore très immature avant plusieurs années. Le soir, il relâche tout, et il le relâche précisément avec la personne auprès de laquelle il se sent le plus en sécurité.
Autrement dit, la crise du soir n’est pas un échec éducatif. C’est un signe d’attachement. Les professionnelles de la petite enfance le savent et le disent régulièrement aux parents, qui ont souvent du mal à le croire.
Cela posé, il reste une part qui, elle, relève bien de la compétence. Et cette part est enseignée. C’est même le cœur du programme d’une préparation au CAP AEPE à distance avec une école comme Culture et Formation, dont la première épreuve professionnelle porte spécifiquement sur l’accompagnement du développement du jeune enfant.
À retenir :
- La crise du soir traduit un relâchement, pas une opposition.
- L’enfant décharge auprès de la personne avec laquelle il se sent le plus en sécurité.
- Le reste relève de techniques qui s’apprennent.
Ce que les professionnelles font systématiquement et que les parents oublient
Voici les réflexes que l’on retrouve chez presque toutes les professionnelles expérimentées, et qui n’ont rien d’inné.
Elles annoncent avant d’agir. Une professionnelle ne saisit pas un enfant pour le changer. Elle prévient, elle explique, elle attend une seconde. Le geste devient prévisible, donc acceptable. À la maison, la fatigue pousse à l’inverse : on agit vite, on explique après, et l’enfant vit l’intervention comme une intrusion.
Elles préviennent les transitions. Le passage d’une activité à une autre est le premier déclencheur de crise chez le jeune enfant. En collectivité, on annonce systématiquement : dans cinq minutes on range, après on passe à table. Cette anticipation coûte trente secondes et évite l’essentiel des conflits. À la maison, on interrompt souvent sans préavis.
Elles ne négocient pas pendant la crise. Une professionnelle sécurise, reste présente, met des mots, mais ne discute pas et ne cherche pas à raisonner tant que l’enfant est submergé. Le raisonnement vient après, quand l’enfant redevient disponible. Les parents, eux, tentent d’expliquer en plein pic, ce qui prolonge la crise au lieu de l’apaiser.
Elles nomment l’émotion avant de traiter le comportement. Dire « tu es en colère parce que tu voulais continuer » avant de poser la limite change complètement la réception. L’enfant se sent compris, ce qui ne veut pas dire qu’il obtient gain de cause.
Elles maintiennent un cadre identique d’un jour à l’autre. La régularité fait la moitié du travail. À la maison, les règles bougent selon la fatigue de l’adulte, et l’enfant teste logiquement les zones devenues floues.
Le rôle du regard extérieur
Une différence rarement évoquée : la professionnelle n’a pas d’enjeu personnel dans la crise.
Quand votre enfant hurle au supermarché, vous gérez sa colère et, en même temps, ce que vous imaginez que les autres pensent de vous. Cette double charge modifie vos réactions. Vous cédez plus vite, ou vous durcissez plus vite, rarement pour de bonnes raisons.
Une professionnelle traite un comportement, pas un jugement sur elle-même. Elle n’interprète pas la crise comme un verdict sur sa valeur. Cette distance émotionnelle est probablement le facteur le plus important de tous, et c’est aussi celui qu’un parent peut difficilement reproduire complètement.
À retenir :
- Annoncer avant d’agir désamorce la majorité des conflits du quotidien.
- On sécurise pendant la crise, on explique après.
- Le regard des autres modifie les réactions parentales bien plus qu’on ne le croit.
Ce que dit le contenu de la formation
Beaucoup de parents ignorent ce que recouvre réellement la qualification des personnes à qui ils confient leur enfant.
Le CAP Accompagnant Éducatif Petite Enfance, qui a remplacé l’ancien CAP Petite Enfance, s’organise autour de trois épreuves professionnelles : accompagner le développement du jeune enfant, exercer son activité en accueil collectif, exercer son activité en accueil individuel. Le premier bloc couvre justement le développement psychomoteur et affectif, les besoins fondamentaux, l’accompagnement des émotions et les repères du quotidien.
Pour les assistantes maternelles, l’agrément est délivré par le conseil départemental et s’accompagne d’une obligation de formation, dont une partie doit être suivie avant le premier accueil d’enfant. La réglementation impose également de se présenter à la première épreuve professionnelle du CAP AEPE dans un délai suivant l’agrément.
Autrement dit, ce que vous prenez pour du talent naturel est en grande partie du contenu de programme.
Ce qu’un parent peut reprendre à la maison
Trois choses, et pas davantage, parce qu’un changement trop large ne tient jamais.
Instaurez le préavis systématique sur les transitions. Cinq minutes avant chaque changement d’activité, prévenez. C’est le geste au meilleur rapport effort sur résultat.
Réservez la discussion à l’après-crise. Pendant, vous restez présent, calme, à proximité, sans argumenter. Après, quand l’enfant est redescendu, vous reprenez ce qui s’est passé. Cette séparation nette entre le moment de la tempête et le moment de l’explication est ce qui distingue le plus nettement les professionnelles des parents.
Acceptez que la crise du soir existe et ne cherchez pas à la supprimer. Vous pouvez l’atténuer par un temps calme au retour, sans écran et sans sollicitation, quinze minutes pendant lesquelles vous ne demandez rien. Beaucoup de parents constatent que la décharge se fait alors autrement.
Un dernier mot. Si la lecture de cet article vous a donné envie de creuser le sujet pour vous-même et pas seulement pour votre enfant, sachez que le CAP AEPE est l’un des rares diplômes que l’on peut préparer en candidat libre, à distance, tout en travaillant. Un nombre significatif de personnes s’y engagent après un congé parental, précisément parce qu’elles ont découvert le sujet en le vivant.
